Note spéciale – Investissement responsable nº 2

2026-10-06

Climate Week NYC 2026 : la résilience à l'épreuve des faits

La Climate Week NYC 2026 a mis en lumière une idée centrale : la résilience se prépare avant qu’une crise ne survienne. Pour les investisseurs, il s’agit de comprendre à quels risques les entreprises et leurs actifs sont exposés, si les solutions envisagées sont réalisables et qui en bénéficiera.

1. Efficacité énergétique : une capacité que nous pouvons dégager dès maintenant

Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les investissements dans les énergies propres atteindront 2 200 milliards de dollars américains en 2026, contre 1 200 milliards dans les combustibles fossiles. L’efficacité énergétique mérite une place importante dans ces investissements : des systèmes de climatisation plus efficaces, des thermopompes et des systèmes de régulation des bâtiments peuvent freiner la demande d’électricité et réduire les émissions, alors même que la consommation d’énergie augmente.

Boston en offre un exemple concret. Les bâtiments sont responsables d’environ 70 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la ville. La modernisation des petits bâtiments joue donc un rôle important dans son objectif de carboneutralité d’ici 2050. En partenariat avec les entreprises de services publics, Boston prévoit d’installer au moins 5 000 thermopompes et d’améliorer l’isolation et l’étanchéité de 10 000 bâtiments entre 2025 et 2027. La ville et ses partenaires estiment que 150 millions de dollars américains d’investissements et d’incitatifs pourraient générer 300 millions de dollars de retombées pour les résidents sur cette période.

Parallèlement, son programme Community Choice Electricity mise sur l’achat collectif pour offrir une électricité plus propre à moindre coût. Ce programme a permis aux clients d’économiser près de 260 millions de dollars américains et d’éviter près de 200 000 tonnes d’émissions de CO₂ entre 2021 et 2024. La ville étend maintenant ce programme à davantage d’entreprises. Ensemble, ces initiatives illustrent deux façons de rendre l’énergie plus abordable tout en réduisant les émissions : en consommer moins et rendre l’électricité achetée plus propre.

Les bénéficiaires potentiels comprennent les fournisseurs d’équipements de chauffage et de climatisation écoénergétiques, de systèmes de gestion technique des bâtiments et de matériaux isolants, ainsi que les entreprises offrant des services de rénovation énergétique. Ces entreprises peuvent offrir des occasions d’investissement intéressantes si les économies d’énergie réalisées par leurs clients stimulent une demande durable pour leurs solutions et leur permettent de croître de façon rentable.

Pour les investisseurs, il s’agit de déterminer si une solution d’efficacité énergétique génère des économies mesurables, réduit la pression sur le réseau électrique et diminue les coûts pour les clients, mais aussi si ces derniers peuvent y accéder.

2. La croissance de l’IA dépend des infrastructures qui la soutiennent

L’AIE prévoit que la consommation mondiale d’électricité des centres de données doublera presque, passant de 485 TWh en 2025 à 950 TWh en 2030. Cette croissance crée des opportunités pour les fournisseurs d’équipements, de systèmes électriques et de solutions de refroidissement. Toutefois, les centres de données doivent aussi pouvoir être raccordés au réseau dans les délais prévus et disposer d’un approvisionnement fiable en électricité ainsi que d’un accès à l’eau.

Les décisions locales deviennent ainsi une composante essentielle du dossier d’investissement. Phoenix a revu son processus de zonage afin que l’examen des permis tienne compte de l’emplacement des centres de données ainsi que des préoccupations de santé et de sécurité. Près de Memphis, les turbines à gaz qui alimentent les centres de données de xAI ont soulevé des inquiétudes quant à la pollution atmosphérique et donné lieu à des litiges. Les collectivités soulèvent aussi des questions sur la quantité d’électricité, d’eau et de terrains que ces installations requièrent, ainsi que sur la pollution qu’elles génèrent localement. Ces situations sont différentes, mais les deux montrent qu’une analyse des infrastructures d’IA ne peut s’arrêter aux prévisions de demande : les permis, les ressources locales et les effets sur les collectivités peuvent déterminer si un projet se réalise comme prévu.

Pour les investisseurs, la question est de savoir si la croissance anticipée de l’IA peut se concrétiser au coût prévu, compte tenu des besoins en électricité et en eau, des autorisations nécessaires et des préoccupations des collectivités.

3. L’eau, un enjeu commun à l’IA, aux risques physiques et aux chaînes d’approvisionnement

Comme l’a déclaré Kaveh Madani, expert de l’ONU sur les questions liées à l’eau, lors de la Climate Week, le monde est entré dans une ère de « faillite hydrique ». Le risque dépend autant de la gestion de l’eau que de sa disponibilité. Les contraintes hydriques peuvent freiner l’expansion des centres de données, interrompre les activités et perturber la production des fabricants de semi-conducteurs, dont les procédés consomment beaucoup d’eau.

Les risques et les opportunités liés à l’eau se chiffrent déjà en milliards de dollars. Selon une analyse publiée par le CDP en 2026, fondée sur les déclarations de plus de 6 500 entreprises, les répercussions financières déjà subies atteignent 1,4 milliard de dollars américains, tandis que les répercussions potentielles s’élèvent à 397 milliards. En parallèle, les entreprises déclarent 35 milliards de dollars d’opportunités ayant déjà un effet significatif sur leurs activités et en anticipent 925 milliards. Une autre analyse du CDP, publiée en 2025, avait recensé 1 400 milliards de dollars d’opportunités liées à l’eau. Pourtant, malgré l’ampleur de ces chiffres, seulement 54 % des institutions financières avaient évalué en 2025 l’exposition de leurs portefeuilles aux risques et aux opportunités liés à l’eau.

Cet écart souligne l’importance d’aller au-delà d’une évaluation générale des risques : il faut adapter les solutions aux contraintes hydriques et aux besoins propres à chaque région. Au Chili, le financement par la Société financière internationale (IFC) de systèmes d’irrigation goutte à goutte et de semences résistantes à la sécheresse illustre une réponse adaptée aux conditions locales.

Les bénéficiaires potentiels comprennent les fournisseurs de systèmes de traitement et de réutilisation de l’eau, de technologies de détection des fuites et d’équipements d’irrigation économes en eau. Pour les entreprises dont les activités nécessitent beaucoup d’eau, les investissements visant à sécuriser l’approvisionnement ou à réduire la consommation pourraient également protéger la production, les marges et la croissance.

Pour les investisseurs, les questions sont concrètes et propres à chaque région : quels sites et fournisseurs dépendent de ressources en eau sous pression? Combien coûterait une interruption? L’entreprise peut-elle démontrer comment les solutions financées protègent sa production et sa croissance?

4. La résilience physique a des conséquences économiques et humaines immédiates

Les inondations et la chaleur peuvent interrompre les activités, affecter les employés et les fournisseurs, endommager les actifs, accroître les coûts et rendre l’assurance plus difficile à obtenir. Lors de la Climate Week, le maire Mamdani a établi un lien entre la protection du sud de Manhattan contre les inondations et le coût de l’assurance pour les résidents des quartiers voisins. Il a ainsi rappelé les effets concrets du risque climatique sur le quotidien et l’abordabilité de l’assurance.

Les phénomènes météorologiques extrêmes ont aussi de lourdes conséquences pour les personnes. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la productivité des travailleurs diminue de 2 % à 3 % pour chaque degré au-dessus de 20 °C selon l’indice WBGT, une mesure du stress thermique en milieu de travail. Le Lancet Countdown estime à 164 milliards de dollars américains les pertes monétisées annuelles moyennes associées à la mortalité liée à la chaleur dans le monde entre 2018 et 2022. Il s’agit d’une évaluation des conséquences de cette mortalité, et non d’une estimation des pertes des entreprises ou des réclamations d’assurance.

Les évaluations sont essentielles, mais leur valeur tient surtout à la façon dont elles orientent les décisions et les mesures d’adaptation. L’indice Building Resilience Index de l’IFC relie les aléas propres à une région aux mesures prises pour protéger les bâtiments. L’IFC et QBE Asia, la division asiatique de l’assureur australien QBE Insurance Group, examinent comment ces évaluations pourraient contribuer à concevoir des produits d’assurance qui tiennent compte de la résilience des bâtiments, particulièrement dans les régions plus vulnérables.

Pour les investisseurs, les bénéficiaires potentiels comprennent les entreprises d’ingénierie et d’infrastructure qui réalisent des travaux de protection contre les inondations, de drainage et d’amélioration de la résilience des bâtiments. Les propriétaires immobiliers qui démontrent l’efficacité de leurs mesures d’adaptation pourraient également être mieux placés pour préserver la valeur de leurs actifs et leur assurabilité. Toutefois, l’amélioration des conditions d’assurance dépendra de la manière dont les assureurs prennent en compte ces mesures de résilience.

5. La résilience doit être démontrée

Évaluer les risques est essentiel; la véritable mesure de la résilience est la capacité de maintenir les activités essentielles lorsqu’une perturbation survient. La ligne directrice E-21 du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) fournit un cadre utile : les institutions financières fédérales doivent déterminer quelles activités sont les plus importantes, recenser les ressources dont elles dépendent et vérifier si elles peuvent se poursuivre malgré des perturbations graves, comme une panne d’électricité ou une catastrophe naturelle. Bien que cette ligne directrice porte sur la résilience opérationnelle du secteur financier, la question s’applique à toute entreprise : peut-elle continuer d’assurer ses activités essentielles en situation de crise?

Face à la pression croissante sur les ressources et à l’intensification des risques climatiques, des occasions d’investissement se dessinent dans l’efficacité énergétique des bâtiments, les infrastructures électriques, la gestion de l’eau et l’adaptation aux risques physiques. Pour les investisseurs, l’enjeu est d’identifier les entreprises capables de transformer ces occasions en croissance rentable, ainsi que celles dont les investissements dans la résilience protègent les flux de trésorerie et la valeur des actifs. La demande ne suffit pas à rendre un investissement attrayant: la capacité à déployer les solutions à grande échelle, le positionnement concurrentiel et les coûts comptent également. Ces analyses peuvent éclairer les décisions d’investissement et orienter un dialogue plus ciblé avec les entreprises.

Notes juridiques

Ce document est préparé à des fins d'information uniquement. Ces informations ne peuvent être utilisées et ne constituent ni une offre d'achat ou de vente, ni une sollicitation, une promotion ou une recommandation visant un titre, un instrument ou produit financier, une stratégie de négociation ou un indice. Elles ne doivent pas non plus être interprétées comme une indication ou une garantie de performance future.